Objectifs
À la fin de cette leçon
- Comprendre le passage d’un taux de variation à une variation instantanée
- Interpréter le nombre dérivé comme une pente et comme une vitesse
- Déterminer l’équation d’une tangente
- Calculer une fonction dérivée avec les formules du programme
- Relier le signe de la dérivée au sens de variation d’une fonction
- Reconnaître quelques situations de non-dérivabilité
En mathématiques et dans beaucoup de domaines voisins (physique, biologie…), on s’interroge souvent sur la manière dont un objet mathématique va évoluer si l’on modifie légèrement la valeur d’un de ses paramètres. En d’autres termes, on cherche à savoir à quel point l’objet étudié est sensible à ce changement.
En classe de seconde, on étudie déjà le signe et les variations d’une fonction à partir de son expression, de sa courbe ou d’un tableau. Introduite en classe de première, la dérivée fournit une méthode systématique pour déterminer le sens de variation d’une fonction et mesurer à quel rythme elle change.
C’est une notion qui peut sembler abstraite au départ, mais elle repose sur des observations et des raisonnements assez naturels. Il est donc possible de s’en construire une bonne intuition.
Cette note introduit la dérivation progressivement, à l’aide d’exemples simples, notamment issus de la physique.
Pente et vitesse : un premier exemple de cinématique
La dérivation est une notion très utile en physique. Si l’on connaît la position d’un objet en fonction du temps, comment retrouver sa vitesse ? Pour un mouvement rectiligne uniforme, deux mesures de position suffisent. Pour une chute, dont la position évolue suivant une parabole, la vitesse change à chaque instant : comment la déterminer ? Et pour des mouvements plus compliqués ? La dérivation apporte une réponse à ces questions en étendant la notion de pente aux courbes, en chaque point où elles sont suffisamment régulières.
Par exemple, si une voiture avance en ligne droite à vitesse constante, connaître sa vitesse permet de prédire sa position à tout instant futur. Supposons que l’on ait mesuré sa position à deux instants, et , à l’aide de deux photos par exemple. Comment en déduire sa position à l’instant ?
| Temps t (s) | 0 | 2 | 10 |
|---|---|---|---|
| Position p (m) | 10 | 20 | ? |
Pour calculer sa vitesse, il suffit de diviser la distance parcourue par la durée correspondante. Sa vitesse est donc :
Maintenant que l’on connaît la vitesse de la voiture, on peut en déduire sa position à tout instant :
À l’instant , sa position vaut donc :
C’est l’équation d’une droite dont le coefficient directeur est la vitesse . Sur un graphique représentant la position en fonction du temps, la vitesse est donc la pente de la droite associée.
FIG. 00 · FIGURE
Prévoir une position future
Une voiture se déplace à vitesse constante. On mesure sa position à deux instants différents : comment en déduire sa position future ?
D’une vitesse moyenne à une vitesse instantanée
Considérons maintenant un objet lâché sans vitesse initiale depuis une hauteur . En choisissant un axe vertical orienté vers le haut, sa position au cours du temps est donnée par :
La constante représente l’intensité de la pesanteur, et la position initiale de l’objet. Ce modèle est utilisé jusqu’à l’instant où l’objet atteint le sol.
La courbe obtenue est un arc de parabole. Comme dans l’exemple précédent, on peut calculer la vitesse moyenne entre deux instants distincts et :
Dans la dernière étape, on utilise , puis on simplifie par , qui est non nul. Graphiquement, ce quotient est le coefficient directeur de la droite passant par les deux points de la courbe aux instants et : cette droite est une sécante.
Lorsque et se rapprochent d’un même instant , la vitesse moyenne se rapproche de . Dans le même temps, la sécante se rapproche de la tangente à la courbe au point d’abscisse . La vitesse verticale algébrique est donc la pente de cette tangente. Sa valeur absolue, , représente la vitesse au sens usuel.
On retrouve bien ce que l’on attend d’une chute libre : plus le temps passe, plus l’objet tombe vite.
Dans la figure ci-dessous, on choisit et on utilise l’approximation . Le modèle devient ainsi .
FIG. 01 · EXPLORATION
Rapprocher deux instants
Faites varier t₁ et t₂, puis rapprochez les deux instants : observez comment la sécante évolue autour du point A.
vitesse moyenne = [p(t₂) − p(t₁)] / (t₂ − t₁)
Lorsque se rapproche de , la vitesse moyenne se rapproche de la vitesse instantanée en . Dans le même temps, la sécante se rapproche de la tangente : calculer une vitesse instantanée revient donc à déterminer la pente de la courbe position-temps en un point.
Le nombre dérivé : une pente en un point
Maintenant que nous avons expérimenté avec les notions de pente et de taux de variation, nous pouvons formaliser ces observations.
Soit une fonction définie autour d’un réel . Entre et , son taux de variation est :
FIG. 02 · EXPLORATION
De la sécante à la tangente
Faites varier h pour rapprocher le point M, d’abscisse a+h, du point fixe A, d’abscisse a.
pente de (AM) = [f(a+h) − f(a)] / h = 3,25
Exemple détaillé avec la fonction carrée
Prenons . Pour calculer , partons du taux de variation :
La dernière simplification est possible car . Lorsque se rapproche de , se rapproche de . Ainsi :
Par exemple, au point d’abscisse , la tangente à la parabole a pour pente .
L’équation de la tangente
La tangente au point passe par et a pour coefficient directeur . Or une droite de coefficient directeur passant par vérifie :
En remplaçant , et , on obtient l’équation de la tangente :
Pour au point d’abscisse , on a et . La tangente a donc pour équation :
La tangente comme approximation locale
Avec la fonction carrée, cette approximation oublie seulement le terme :
Plus est petit, plus est petit et meilleure est l’approximation.
De nombres dérivés à une fonction dérivée
Le nombre dérivé dépend du point choisi. En associant à chaque abscisse le nombre dérivé , on construit une nouvelle fonction appelée fonction dérivée de .
Il ne faut pas confondre :
- , qui donne l’ordonnée d’un point de la courbe ;
- , qui donne la pente de la tangente en ce point.
FIG. 03 · EXPLORATION
Relier la courbe à sa dérivée
Déplacez a : la pente de la tangente en haut devient l’ordonnée du point placé sur f′ en bas.
f(x) = x³ − 3x ; f′(x) = 3x² − 3
Pour a = −1, f′(a) = 0 : localement, la tangente est horizontale.
Dérivées à connaître
Pourquoi la dérivée de la fonction inverse vaut-elle ?
Pour , et pour assez petit afin que :
Lorsque se rapproche de , cette expression se rapproche de . Donc la fonction inverse est dérivable sur et :
Règles de calcul
Démonstration de la formule du produit
Pour faire apparaître séparément les variations de et de , on ajoute et on retranche le même terme :
Une fonction dérivable en est continue en : ainsi, lorsque se rapproche de , se rapproche de . Dans le même temps, les deux quotients se rapprochent de et . On obtient :
Exemple 1 : dériver un polynôme terme à terme
Soit . On dérive chaque terme :
Exemple 2 : appliquer la formule du quotient
Soit , définie pour . Posons et . Alors et , donc :
Étudier les variations d’une fonction
Étudions . Sa dérivée est :
Les racines de sont et . Comme , le produit est positif à l’extérieur de l’intervalle formé par les racines et négatif à l’intérieur. On en déduit le tableau de variations :
| x | −∞ | −1 | 1 | +∞ | |||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Signe de f′ | + | 0 | − | 0 | + | ||
| Variations de f | −∞ | ↗ | f(−1) = 2 | ↘ | f(1) = −2 | ↗ | +∞ |
Ainsi, est croissante sur , décroissante sur , puis croissante sur . Le signe de passe de à en : y possède un maximum local. Il passe de à en : y possède un minimum local.
Optimiser une aire
On veut construire un rectangle de périmètre m. Si sa largeur vaut , sa longueur vaut , avec . Son aire est :
On dérive : . Cette dérivée est positive pour , nulle pour et négative pour . L’aire augmente donc jusqu’à , puis diminue. Elle est maximale pour : le rectangle optimal est un carré d’aire .
Quand une fonction n’est-elle pas dérivable ?
Pour être dérivable en , une fonction doit d’abord être définie en , et le taux de variation doit se rapprocher d’un nombre réel unique et fini. Trois obstacles différents sont illustrés ci-dessous. Ce ne sont que des exemples : il existe d’autres situations dans lesquelles une fonction n’est pas dérivable.
FIG. 04 · EXPLORATION
Reconnaître un obstacle à la dérivabilité
Comparez un angle, une pente qui devient verticale et un point absent du domaine.
f(x) = |x|
À gauche de 0, la pente vaut −1 ; à droite, elle vaut 1. Il n’existe pas de pente unique en 0.
Repère hors programme — Continuité. Une fonction dérivable en est nécessairement continue en . Intuitivement, si sa courbe présente une rupture ou un saut en ce point, elle ne peut donc pas y posséder de dérivée. La réciproque est fausse : une fonction peut être continue sans être dérivable, comme la fonction valeur absolue en .
Un angle : la fonction valeur absolue
Pour en :
Si , le quotient vaut . Si , il vaut . Les deux côtés ne donnent pas la même pente : n’est donc pas dérivable en .
Une pente qui devient verticale : la fonction racine carrée
Pour en , on ne peut approcher que par la droite, car la fonction est définie sur . Pour :
Ce quotient augmente sans borne lorsque se rapproche de . Il ne se rapproche donc pas d’un nombre réel fini : la fonction racine carrée n’est pas dérivable en , même si sa courbe possède une demi-Glossaire · PremièreTangenteLa tangente à une courbe en un point est la droite qui indique la direction de la courbe au voisinage de ce point.On l’interprète comme la position limite des sécantes lorsque le second point se rapproche du point étudié.Son coefficient directeur au point d’abscisse a est le nombre dérivé f′(a). verticale.
Un point absent du domaine : la fonction inverse
La fonction n’est pas définie en . Elle ne peut donc pas y être dérivable : on ne parle pas d’un angle ou d’une tangente verticale au point d’abscisse , puisqu’aucun point de la courbe n’a cette abscisse. En revanche, elle est dérivable en tout réel , avec .
Synthèse
- Un taux de variation mesure une variation moyenne entre deux abscisses : .
- Le nombre dérivé est la valeur vers laquelle tend ce quotient lorsque se rapproche de .
- Graphiquement, est la pente de la tangente au point d’abscisse .
- La tangente en a pour équation .
- Près de , on peut utiliser l’approximation .
- Le signe de donne le sens de variation de .
- Avant de dériver en un point, il faut vérifier que la fonction y est définie et que le taux de variation tend vers un nombre réel unique et fini.
Exercices d’application
Exercice 1 — Retrouver une vitesse
Un mobile passe par les points et d’un graphique position-temps, avec le temps en secondes et la position en mètres. Le mouvement est rectiligne uniforme. Calculer sa vitesse.
Voir la correction de l’exercice 1
La variation de position vaut m et la durée vaut s. Donc :
Exercice 2 — Nombre dérivé et tangente
Pour , déterminer le Glossaire · PremièreNombre dérivéLe nombre dérivé d’une fonction en un point mesure sa variation instantanée en ce point.Il est obtenu comme la valeur limite du taux de variation lorsque les deux abscisses se rapprochent.Graphiquement, f′(a) est la pente de la tangente au point d’abscisse a. puis l’équation de la tangente au point d’abscisse .
Voir la correction de l’exercice 2
Comme , on a . De plus, . L’équation de la tangente est donc :
Exercice 3 — Dériver un polynôme
Déterminer la dérivée de .
Voir la correction de l’exercice 3
On dérive terme à terme :
Exercice 4 — Dériver un quotient
Soit pour . Calculer .
Voir la correction de l’exercice 4
Avec et , on a et . Ainsi :
Exercice 5 — Étudier des variations
Étudier les variations de sur et déterminer son minimum.
Voir la correction de l’exercice 5
La dérivée est . Elle est négative si , nulle en et positive si . Ainsi, est décroissante sur puis croissante sur . Son minimum est atteint en et vaut :
Exercice 6 — Dérivable ou non en zéro ?
Pour chacune des fonctions , et , expliquer ce qui se passe en .
Voir la correction de l’exercice 6
- Pour , les pentes à gauche et à droite valent respectivement et : la fonction n’est pas dérivable en .
- Pour , le taux de variation à droite vaut et augmente sans borne : la fonction n’est pas dérivable en .
- Pour , la fonction n’est pas définie en : la dérivabilité ne peut donc pas y être étudiée.
S’entraîner avec un exercice du bac
L’exercice 3 du sujet 2026 des Centres étrangers mobilise la lecture graphique d’un nombre dérivé, le calcul d’une dérivée, l’étude des variations et la recherche d’une tangente parallèle à une droite.
Faire l’exercice officiel et consulter sa correction Voir tous les exercices du bac sur la dérivationSources et repères
- Programme d’enseignement de spécialité de mathématiques de la classe de première de la voie généraleMinistère de l’Éducation nationale — Bulletin officiel du 2 avril 2026
- Programmes et ressources en mathématiques — voie générale et technologiqueÉduscol
- Épreuve anticipée de mathématiques 2026 — Centres étrangers, groupe 1Ministère de l’Éducation nationale