Objectifs
À la fin de cette leçon
- Interpréter une valeur absolue comme une distance
- Traduire un intervalle centré en inégalité de valeur absolue
- Comprendre la courbe et les variations de la fonction valeur absolue
- Utiliser les propriétés de calcul et résoudre une inéquation par cas
- Interpréter un écart en probabilités
La valeur absolue est une notion facile à définir, mais souvent source de nombreuses erreurs si elle est manipulée sans un minimum de méthode et de rigueur. C’est un nouvel outil introduit en seconde et qui, comme les fractions, les racines ou les puissances, doit devenir un automatisme.
Nous commencerons par interpréter la valeur absolue comme une distance et par l’utiliser pour décrire des intervalles centrés. Nous étudierons ensuite sa représentation graphique et des méthodes de résolution plus avancées, avant de l’appliquer aux écarts en probabilités. Cette leçon est dans la continuité de la note sur les ensembles et intervalles.
Seconde : la valeur absolue comme distance
Distance à zéro
Pour tout réel , désigne la distance entre et . On lit « valeur absolue de ». Une distance étant positive ou nulle, on a toujours .
Par exemple,
La valeur absolue dépend de la valeur de toute l’expression placée entre les barres. Pour calculer , on commence donc par effectuer l’addition :
Pourquoi obtient-on lorsque ? Si , alors , qui est bien la distance entre et .
Racine carrée et valeur absolue$
La racine carrée désigne toujours le nombre positif ou nul dont le carré est le nombre donné. On peut donc écrire
Pour ,
On peut retirer les barres seulement lorsque le signe de est connu :
Distance entre deux réels
La distance entre deux réels et est
L’ordre de la soustraction ne change pas la distance :
Entre et , par exemple,
La notation représente ainsi la distance entre un réel variable et le réel fixe .
Deux propriétés à ne pas confondre
La valeur absolue se comporte bien avec un produit, comme nous le verrons en première. Elle ne se distribue généralement pas sur une somme. Un seul contre-exemple suffit à le montrer :
Exercices
1. Calculer des valeurs absolues
Calculer , , et .
Voir la correction de l’exercice 1
Enfin, , donc
Le signe moins de la dernière expression se trouve à l’extérieur des barres.
2. Calculer des distances
Calculer la distance entre et , puis celle entre et .
Voir la correction de l’exercice 2
De même,
3. Simplifier une racine carrée
- Calculer .
- Simplifier lorsque , puis lorsque .
- Écrire sans racine carrée, selon la position de par rapport à .
Voir la correction de l’exercice 3
On a .
Si , alors . Si , alors .
Enfin,
4. Vrai ou faux ?
Pour chaque égalité, dire si elle est toujours vraie. Donner un contre-exemple lorsqu’elle est fausse.
- ;
- ;
- ;
- pour tous réels et .
Voir la correction de l’exercice 4
- L’égalité est fausse : .
- Elle est vraie ici : les deux membres valent . La propriété est vraie pour tous réels ; elle sera établie plus loin.
- Elle est fausse : , tandis que .
- Elle est fausse. Avec et , le membre de gauche vaut et celui de droite vaut .
Seconde : intervalles centrés et inéquations
De la distance à l’intervalle
Soient un réel et un rayon . La condition
signifie que la distance entre et est inférieure ou égale à . Le réel peut donc se déplacer de unités à gauche ou à droite de .
Avec et ,
Retrouver le centre et le rayon
Pour un intervalle fermé , le centre est la moyenne des deux bornes :
Le rayon est la moitié de la longueur de l’intervalle :
Pour , on retrouve
Cas particuliers du rayon
Lorsque , la condition impose une distance nulle. Sa seule solution est , tandis que n’a aucune solution.
Lorsque , les inéquations et n’ont aucune solution, car une valeur absolue est toujours positive ou nulle.
Exercices
1. Résoudre une inéquation
Résoudre .
Voir la correction de l’exercice 1
On écrit . Le centre est et le rayon vaut .
2. Passer d’un intervalle à une valeur absolue
Écrire l’appartenance sous la forme d’une inéquation avec une valeur absolue.
Voir la correction de l’exercice 2
Le centre de l’intervalle est
Son rayon vaut
Ainsi,
3. Travailler avec un intervalle ouvert
Résoudre , puis représenter l’ensemble des solutions sur une droite graduée.
Voir la correction de l’exercice 3
Le centre est et le rayon vaut :
Sur une droite graduée, on trace la partie comprise entre et avec deux crochets ouverts.
4. Étudier les cas limites
Résoudre successivement , et .
Voir la correction de l’exercice 4
Une valeur absolue est positive ou nulle.
- impose , donc ;
- n’a aucune solution ;
- n’a aucune solution.
Les ensembles de solutions sont respectivement , et .
Première spécialité : fonction valeur absolue et lecture graphique
La courbe de
La fonction est définie sur . Sa définition par morceaux indique que sa courbe est formée de deux demi-droites :
La courbe forme un « V » de sommet . Elle est symétrique par rapport à l’axe des ordonnées puisque .
La fonction est décroissante sur , puis croissante sur . Son minimum vaut et il est atteint en .
Résoudre une équation graphiquement
Résoudre revient à chercher les intersections de la courbe et de la droite horizontale .
On lit les abscisses et . Le calcul confirme que
Translater la courbe
La fonction mesure la distance entre et . Sa courbe a donc pour sommet . Elle s’obtient en déplaçant horizontalement la courbe de .
Combien une équation a-t-elle de solutions ?
Pour l’équation , le nombre de solutions dépend du signe de :
- si , les solutions sont et ;
- si , l’unique solution est ;
- si , il n’existe aucune solution.
Lorsque , les deux solutions sont les deux points situés à la distance du centre . Cette lecture géométrique aide à repérer une solution oubliée.
Exercices
1. Lire puis vérifier deux solutions
Résoudre graphiquement puis exactement .
Voir la correction de l’exercice 1
La droite coupe la courbe aux abscisses et .
Algébriquement, les nombres situés à une distance de sont et . L’ensemble des solutions est donc
2. Utiliser le centre et le rayon
Résoudre .
Voir la correction de l’exercice 2
Les solutions sont les deux nombres situés à une distance de :
Ainsi, l’ensemble des solutions est .
3. Discuter selon un paramètre
Selon la valeur du réel , déterminer le nombre de solutions de et donner ces solutions lorsqu’elles existent.
Voir la correction de l’exercice 3
Le centre est .
- Si , l’équation n’a aucune solution.
- Si , elle a une solution : .
- Si , elle a deux solutions :
Première spécialité : propriétés de calcul et résolution par cas
Produit et quotient
Pour tous réels et ,
Si , alors
Ces propriétés viennent du fait que le produit ou le quotient des distances à donne encore un nombre positif ou nul. Elles permettent par exemple d’écrire
Pour justifier la première propriété, on remarque que et sont positifs ou nuls et que leurs carrés sont égaux :
Deux nombres positifs ou nuls qui ont le même carré sont égaux. La propriété du quotient se déduit de la même manière lorsque .
Mettre une valeur absolue au carré
Pour toute expression réelle ,
Mettre une valeur absolue au carré permet donc de retirer les barres. Cette propriété peut simplifier certains calculs. Par exemple,
On peut également mettre au carré les deux membres d’une équation ou d’une inéquation lorsqu’ils sont tous les deux positifs ou nuls. Ainsi,
Si le second membre dépend de , il faut d’abord vérifier son signe. Plus précisément,
Sans la condition , la mise au carré peut faire apparaître des solutions qui ne vérifient pas l’équation initiale.
Équations et inéquations usuelles
Pour , les résultats principaux se regroupent ainsi :
| Condition | Écriture équivalente | Représentation |
|---|---|---|
| ou | ||
| ou | ||
| ou |
Les deux premières inéquations décrivent les points proches du centre . Les deux dernières décrivent les deux régions extérieures.
Pour aller plus loin : l’inégalité triangulaire
Pour tous réels et ,
Cette propriété exprime qu’un trajet direct est au plus aussi long qu’un trajet effectué en deux étapes.
On peut aussi la justifier algébriquement. Les deux membres sont positifs ou nuls et
On en déduit bien .
Une méthode systématique par cas
Lorsque les deux membres d’une équation ou d’une inéquation dépendent de , la lecture comme une distance ne suffit plus toujours. On peut alors suivre cette méthode :
- chercher les valeurs qui annulent l’expression entre les barres ;
- découper la droite réelle à l’aide de ces valeurs ;
- retirer les barres avec la formule valable sur chaque intervalle ;
- résoudre l’équation ou l’inéquation obtenue ;
- conserver les solutions qui appartiennent à l’intervalle étudié ;
- réunir les résultats.
Exemple : résoudre
1. Conjecturer avec les courbes
On trace les courbes d’équations et . Elles se coupent aux abscisses et .
La courbe de est sous la parabole lorsque ou . La lecture graphique suggère donc
2. Démontrer dans le cas
Si , alors . Ainsi,
Le produit est positif lorsque ou . En conservant les nombres qui vérifient la condition , ce cas donne
3. Démontrer dans le cas
Si , alors . On obtient
Or
Tous les réels conviennent.
4. Réunir les deux cas
En réunissant les résultats,
Le graphique permet de vérifier les valeurs frontières et le sens des inégalités. La preuve repose sur le signe des expressions du second degré obtenues dans chaque cas.
Exercices
1. Simplifier des valeurs absolues
Simplifier , et pour .
Voir la correction de l’exercice 1
Avec la propriété du produit,
et
Pour le quotient,
2. Majorer une somme
On sait que et . Montrer que .
Voir la correction de l’exercice 2
L’inégalité triangulaire donne
Comme et ,
3. Résoudre une inéquation usuelle
Résoudre .
Voir la correction de l’exercice 3
La propriété des intervalles centrés donne
On ajoute aux trois membres puis on divise par :
L’ensemble des solutions est .
4. Comparer une valeur absolue et un carré
Résoudre en distinguant les cas et .
Voir la correction de l’exercice 4
Si , alors . L’inéquation devient
Or
Tous les réels conviennent.
Si , alors . On résout
Le produit est positif ou nul pour ou . En tenant compte de , ce cas donne et .
La réunion des deux cas est
Les valeurs et donnent une égalité ; elles sont donc incluses.
5. Utiliser une mise au carré
Résoudre l’équation
en étudiant d’abord le signe du second membre, puis en mettant les deux membres au carré.
Voir la correction de l’exercice 5
Le membre est positif ou nul. Pour que l’égalité soit possible, il faut donc que
Sous cette condition, les deux membres sont positifs ou nuls. On peut les mettre au carré :
Les deux valeurs obtenues sont et . La première ne vérifie pas la condition : elle doit être écartée. La seconde vérifie bien l’équation initiale :
L’ensemble des solutions est donc
Terminale spécialité : mesurer un écart en probabilités
Écart à l’espérance
Soit une variable aléatoire d’espérance . La valeur absolue
mesure l’écart entre la valeur prise par et son espérance.
Pour ,
L’événement contraire décrit les valeurs éloignées de l’espérance :
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev
Si possède une variance et si , alors
Cette inégalité donne une majoration de la probabilité d’un grand écart. Elle ne donne généralement pas la probabilité exacte.
Supposons que et . Pour un écart d’au moins ,
La probabilité que s’écarte de d’au moins est donc majorée par . Par passage à l’événement contraire,
Moyenne d’un échantillon
Soit la moyenne d’un échantillon de taille formé de variables aléatoires indépendantes, de même espérance et de même variance . L’inégalité de concentration donne, pour ,
Elle permet de choisir une taille d’échantillon en fonction d’une précision et d’un risque maximal.
Par exemple, si , on souhaite que
Il suffit d’imposer
Exercices
1. Traduire un événement
Une variable aléatoire a pour espérance . Traduire l’événement sous la forme d’un encadrement. Décrire aussi l’événement contraire.
Voir la correction de l’exercice 1
L’événement s’écrit donc
Son événement contraire est
2. Majorer la probabilité d’un écart
Une variable aléatoire vérifie et . Majorer
Voir la correction de l’exercice 2
L’inégalité de Bienaymé-Tchebychev donne
La probabilité cherchée est donc inférieure ou égale à .
3. Déterminer une taille d’échantillon
On suppose que . Déterminer une taille suffisante pour que
Voir la correction de l’exercice 3
L’inégalité de concentration donne
Il suffit donc que
Toute taille entière convient.
Pour aller plus loin : quantifier le rapprochement vers une limite
En terminale, les majorations et les recherches de seuils permettent aussi de préciser comment une fonction se rapproche de sa limite.
Pour , posons
L’écart entre et vaut
Comme tend vers lorsque tend vers , l’écart entre et tend vers . On retrouve ainsi
Pour obtenir un écart strictement inférieur à , on résout
À , l’écart vaut exactement . La borne est exclue puisque l’inégalité demandée est stricte.
Défis : se préparer aux études supérieures
Les exercices suivants combinent plusieurs idées de la leçon. Une valeur absolue imbriquée se traite en général de l’extérieur vers l’intérieur. Pour une fonction, l’interprétation en termes de distance ou l’étude par intervalles permet souvent d’éviter une succession de calculs.
1. Une équation avec deux valeurs absolues imbriquées
Résoudre dans :
Voir la correction du défi 1
Posons . Comme , l’équation extérieure devient
Elle équivaut à
donc à ou . On revient ensuite à :
Ainsi,
2. Une inéquation imbriquée
Résoudre dans :
Voir la correction du défi 2
On commence par retirer la valeur absolue extérieure :
La dernière condition signifie que la distance entre et est comprise entre et . On obtient donc
3. Le minimum d’une fonction
On considère la fonction définie sur par
Déterminer la valeur minimale de et tous les réels en lesquels elle est atteinte.
Voir la correction du défi 3
est la distance entre et , tandis que est la distance entre et . Si appartient à , la somme de ces deux distances vaut la distance entre et , donc .
Un calcul par intervalles confirme cette lecture :
Sur les deux intervalles extérieurs, ces expressions sont supérieures ou égales à . La valeur minimale de est donc
et elle est atteinte pour tout .
4. Une équation portant sur une fonction
Déterminer toutes les fonctions continues telles que, pour tout réel ,
Voir la correction du défi 4
Pour chaque réel , l’égalité impose
Elle donne aussi .
Sur l’intervalle , la fonction ne s’annule jamais. Si elle changeait de signe sur cet intervalle, le théorème des valeurs intermédiaires imposerait l’existence d’un réel tel que . On aurait alors et , ce qui contredirait l’égalité demandée.
Ainsi, sur , on a partout ou partout . Le même raisonnement sur donne deux choix indépendants. On obtient finalement quatre fonctions :
Ces quatre fonctions sont bien continues sur et vérifient pour tout réel .
Pièges à repérer
- Calculer d’abord toute l’expression placée entre les barres.
- Écrire tant que le signe de n’est pas connu.
- Ne pas distribuer une valeur absolue sur une somme.
- Vérifier le signe du rayon avant de résoudre ou .
- Dans une résolution par cas, conserver la condition du cas jusqu’à la fin.
Sources et repères
- Programme de mathématiques de seconde générale et technologique (annexe, sections Nombres réels et Fonctions)Ministère de l’Éducation nationale — Bulletin officiel du 2 avril 2026
- Programme de spécialité mathématiques de première générale (annexe, sections Second degré et Analyse)Ministère de l’Éducation nationale — Bulletin officiel du 2 avril 2026
- Programme de spécialité mathématiques de terminale générale (annexe, sections Limites des fonctions et Concentration, loi des grands nombres)Ministère de l’Éducation nationale — Bulletin officiel du 25 juillet 2019